21/03/2015

CALAIS : LES ROUTIERS SONT SYMPAS ?

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À Calais, les routiers chantent une autre chanson que celle de Mony Gardy. Une vidéo diffusée sur le site du journal de la Côte d’Opale, Nord Littoral, montre des migrants, découverts dans un camion, tabassés par ces derniers sur un parking de la zone des Dunes, le 14 mars dernier, sous le regard complaisant, voire complice d’un vigile de l’entreprise Mondial Protection.¹ Exaspération de transporteurs sous pression, nous dit-on pour excuser ce déchaînement de colère et de haine, ou ras-le-bol de conducteurs menacés. Rien ne justifie pourtant la brutalité de ces chauffeurs-routiers dont on ignore la nationalité (camionneurs français ou forçats de la route roumains ?). C’est en vérité une violence gratuite contre de pauvres hères qui rêvent de l’eldorado anglais. Mais il est vrai que « Rien n’a plus de courage que la réunion de la lâcheté » (dixit Maître Eolas).² Ce brutal fait-divers, véritable banalité du mal, éclaire, cependant, la sombre réalité de la cité de la dentelle en perte d’humanité. Pour protéger l’insularité britannique, c’est une guerre incessante que l’Etat mène au quotidien contre les migrants, depuis des années, à Calais : procédures administratives (surveillance, contrôles, gardes à vue…), juridiques (vote et promulgation de lois, décrets, circulaires…), judiciaires (plaintes, condamnations…), interventions violentes (expulsions, destruction de biens, violence aux personnes…).³ Finalement, cette impitoyable chasse à l’homme fait écho au combat mené par Bartolomé de Las Casas en faveur des Indiens lors de la controverse de Valladolid au XVIe siècle : « Ils les ont traités je ne dis pas comme des bêtes (plût à Dieu qu’il les eussent traités et considérés comme des bêtes), mais pire que des bêtes et moins que du fumier ».*

Calais immigration Migrants tabassés par des routiers.jpeg

¹ D.K. et J.P., « Migrants tabassés par des routiers, la sécurité sans réaction (vidéo) » in Nord Littoral, 21 mars 2015.

http://www.nordlittoral.fr/faits-divers/migrants-tabasses...

² Eolas, « Considérations sur une agression » in Journal d’un avocat, 20 avril 2009.

http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/04/20/1379-considera...

³ François G, « Calais : la guerre faite aux migrants » in Le blog de François G, 3 août 2014.

http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-g/030814/calais-l...

* Bartolomé de Las Casas, Très brève relation de la destruction des Indes, 1552.

01/03/2015

CONFUSION POLICIÈRE

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Source : France Bleu Drôme Ardèche.

Effrayés par les récents attentats et inquiets pour leur avenir, les Français sont d’humeur répressive. En effet, les sondages se suivent et se ressemblent : une majorité des sondés se déclare favorable à l’armement des policiers municipaux. Cependant, il est vraisemblable qu’à la question « Faites-vous une différence entre la police nationale et la police municipale ? », le "non" l’emporterait largement alors qu’en dépit de leur homonymie, un gardien de police municipale n’est pas un gardien de la paix (il a même moins de pouvoirs qu’un garde champêtre !) ; il suffit d’ouvrir le code de procédure pénale pour s’en convaincre. D’où cette interrogation : à qui profite cette confusion ? Aux agents municipaux, qui, faute d’identité propre, réclament les avantages des fonctionnaires de la police nationale sans les contraintes (d’où le nombre croissant dans leurs rangs de retraités de la gendarmerie), ou aux maires, patrons des polices municipales, qui en font la vitrine de leur action politique, ou à l’Etat puisque ces employés communaux ne lui coûtent rien ?

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Source : Nice-Matin.

15/02/2015

VENDU ?

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La vente du Rafale à l’Egypte a été bouclée en un temps record. Mais le client est-il solvable ? Depuis 2011, tous les indicateurs économiques de ce pays sont au rouge : croissance atone, chute des revenus du tourisme, recul des investissements étrangers, crise énergétique chronique, pauvreté (40 % de la population) et chômage élevés, dramatique spirale d’endettement (dette publique proche de 95 % du PIB en 2015) et de déficits, instabilité politique endémique… L’économie égyptienne ressemble à un gros paquebot à la dérive. Le naufrage est, pour l’instant, évité grâce au soutien financier du Conseil de coopération du Golfe ; ce sont près de vingt milliards qui sont venus des pétromonarchies (Arabie saoudite, Emirats arabes unis et Koweït). C’est donc un pays sous perfusion qui devra débourser cinq milliards d’euros environ, soit ce que rapporte annuellement le canal de Suez à l’Etat égyptien, pour satisfaire son rêve aérien. Heureusement pour Dassault, Le Caire va négocier un crédit auprès d’un pool de banques mené par le Crédit agricole, accompagné de la Société générale et BNP Paribas, même si ces dernières ont vendu leurs filiales égyptiennes en 2013. En outre, Paris a accepté de garantir la moitié de ce crédit bancaire, via la Coface. Comble d’ironie, cet organisme a attribué un C à l’Egypte, une évaluation sur une échelle de sept niveaux, A1, A2, A3, A4, B, C et D, dans l’ordre croissant du risque de défaut de paiement.* Notre cher Rafale n’a visiblement pas de prix…

 

* Coface

http://www.coface.fr/Etudes-economiques-et-risque-pays