25/10/2017

UN SIMPLE PROF…

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J’enseigne depuis 20 ans. Récemment, profitant que j’écrivais au tableau, un de mes élèves a asséné un coup de règle particulièrement sonore sur la nuque d’un de ses camarades pour le motif (futile) qu’il aurait griffonné son dessin. Sanction immédiate : expulsion du cours. Las, celui-ci a quitté l’établissement en fin de journée avant que je puisse le sermonner vertement pour son comportement violent en classe. Je le retrouve, cependant, à la gare où je le réprimande brièvement, insistant sur le caractère intolérable de son geste et le menaçant d’un conseil de discipline en cas de récidive. Réaction virulente des parents qui ne contestent pas l’expulsion (d’autant qu’il n’y a pas eu d’autres sanctions) mais la remontrance adressée à leur fils à la gare. Selon eux, je n’avais pas le droit d’houspiller ce dernier en dehors de l’enceinte scolaire car je ne suis pas « son père, ni son oncle ou un policier mais un simple prof… »

06/04/2017

L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL SACRIFIÉ ?

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Des filières peu ou pas attractives, voire cul-de-sac, un logiciel d’affectation concentrant les élèves les plus faibles dans les filières les moins demandées, d’où une orientation par défaut, donc subie plus que choisie, avec son corollaire d’absentéisme, de désintérêt et d’indiscipline, une absence de mixité sociale et une mobilité géographique réduite, un nombre d’enseignants contractuels ou vacataires bien supérieur à la moyenne (mais corvéables à merci)… Tous les ingrédients sont réunis pour transformer des lycées professionnels en ghettos scolaires. [1] Ajoutez à ces maux les réformes successives du baccalauréat professionnel depuis sa création en 1985, qui n’ont cessé d’alléger les exigences pédagogiques, sacrifiant délibérément la qualité à la quantité. Un égalitarisme effréné et une gestion purement comptable ont entraîné, depuis 2009, une dévalorisation des diplômes. Ainsi, le BEP, diplôme autrefois reconnu par les professionnels, aujourd’hui certification intermédiaire, n’a plus désormais que la valeur du papier sur lequel il est imprimé. De même, le contrôle en cours de formation (CCF) en BAC PRO permet de compenser l’échec de nombre d’élèves aux épreuves terminales puisqu’il compte pour 50 % de la note finale ; le CCF représente les deux tiers, voire les trois quarts des épreuves selon les filières. L’épreuve orale de contrôle est aussi une astuce destinée à repêcher un maximum de candidats tout comme le rattrapage sur dossier en cas d’échec à celle-ci. Le baccalauréat professionnel est également dévoyé par un discours dorénavant centré sur la poursuite d’études et non plus sur l’accès au marché de l’emploi, l’insertion professionnelle, sa finalité initiale. Les bacheliers professionnels paient d’ailleurs au prix fort cette digression : un tiers poursuit des études supérieures mais seuls 10 % obtiennent un diplôme de niveau Bac + 2 (1 % à partir du Bac + 3). [2]

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[1] Bérangère Barret, « Pourquoi nos lycées pro sont mal classés » in Nord-Eclair, 29 mars 2017.

http://www.nordeclair.fr/48073/article/2017-03-29/pourquo...

Marie Piquemal, « Bac pro : toujours plus d'élèves, mais très peu de débouchés » in Libération, 8 juin 2016.

http://www.liberation.fr/france/2016/06/08/bac-pro-toujou...

« L’absentéisme est plus important en lycée professionnel » in Le Figaro, 16 février 2015.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/02/16/01016-...

« Un fort taux d'absentéisme se maintient en lycée professionnel » in Le Café pédagogique, mardi 17 février 2015.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/02/17...

« En 2015-2016, l'absentéisme touche en moyenne 4,5 % des élèves du second degré public » in Note d’information n°6 de mars 2017.

http://www.education.gouv.fr/cid56912/l-absenteisme-des-e...

« Les enseignants non titulaires du second degré public : 7,5 % de l'ensemble des effectifs en 2013 » in Note d’information n°17 de mai 2015.

http://www.education.gouv.fr/cid87304/les-enseignants-non...

« Enseignement professionnel : Le Cnesco veut en finir avec les lycées ghettos » in Le Café pédagogique, mercredi 8 juin 2016.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/06/08...

 

[2] Agefa PME, Le BAC PRO en 3 ans, bilan commenté de la réforme, février 2016.

http://www.agefa.org/agefa-pme/wp-content/uploads/sites/2...

« La grande illusion du bac professionnel » in Le Figaro, 14 juillet 2016.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/07/14/01016-...

« Le bac pro cherche encore sa place » in Les Echos, 15 juin 2016.

https://www.lesechos.fr/15/06/2016/LesEchos/22213-019-ECH...

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09/08/2013

UNIVERSITÉ : LA GÉNÉROSITÉ D'ARPAGON ?

Légère augmentation et sensible extension des bourses aux étudiants les plus modestes. (1) Cette annonce estivale devrait réjouir les principaux intéressés... à condition que cette mesure ne s'accompagne pas d'une hausse des droits d'inscription. Or, autonomie oblige, les universités françaises sont aujourd'hui en mal de financement ; "La conférence des présidents d'université a estimé à 10 milliards d'euros les financements supplémentaires nécessaires si l'on souhaite que les universités françaises rivalisent avec celles des autres pays développés." (2) En dépit des discours lénifiants, l'Etat n'a plus les moyens de ses ambitions et ce, depuis plusieurs années (en 2007, Nicolas Sarkozy avait promis de consacrer 3 % du PIB à la recherche et à l'enseignement supérieur, une promesse jamais concrétisée). La multiplication des ressources est donc impérative pour nos universités, ce qui induit la nécessité d'instaurer - avec la bénédiction de l'Etat - des partenariats avec le secteur privé, doux euphémisme d'une privatisation rampante, qui n'empêchera pas, cependant, un endettement croissant des étudiants auprès des généreux mécènes que sont les organismes de crédit, qui proposent d'ores et déjà des prêts différés à des taux variables en fonction des garanties de remboursement (la caution parentale est l'élément le plus déterminant pour l'acceptation du crédit par une banque). Aux Etats-Unis, l'endettement étudiant atteint désormais les mille milliards de dollars et les étudiants y sont durablement endettés avant même de travailler... (3) Le modèle anglo-saxon suscite pourtant l'intérêt de l'aile droite du PS, incarnée par Manuel Valls, Pierre Moscovici et Cie, désormais plus proche du social-libéralisme que de la social-démocratie. (4)

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(1) Marie-Christine Corbier, Les aides aux étudiants revalorisées dès la rentrée 2013 in Les Echos, 16 juillet 2013.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/...

 

(2) Manuel Valls, Pouvoir, Stock, 2010, 288 pages, pages 189 et 190.

 

(3) Sylvain Cypel, Aux Etats-Unis, la dette estudiantine atteint mille milliards de dollars in Le Monde, 15 mai 2013.

http://www.lemonde.fr/education/article/2013/05/15/aux-et...

 

(4) Dans son livre Pouvoir, Manuel Valls souligne que "L'exemple des universités britanniques est intéressant" (page 190).