19/04/2013

MARIAGE POUR TOUS : UNE DROITE DÉBOUSSOLÉE

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« Ce que vous faites ici est une brèche qui ne se refermera pas si ce texte passe, c'est absolument scandaleux (...), eh bien, moi, je vous accuse, mesdames et messieurs de la gauche (....), vous êtes en train d'assassiner des enfants ! » Ça, c'est ce qu'on a entendu de plus outrancier dans la bouche d'un élu de l’opposition, celle du député UMP du Rhône Philippe Cochet (à ne pas confondre avec Yves Cochet, député européen EELV). [1] En sus des propos délétères, les députés ont même failli en venir aux mains lors des débats sur le mariage pour tous. [2] Une pathétique tragicomédie politicienne qui n’honore pas l’Assemblée. Force est de constater que nombre de députés de l’UMP durcissent leur discours à ce sujet tant par conservatisme, voire étroitesse de vue, que sous la pression du Front national, principal bénéficiaire de la radicalisation d'une frange de l’opinion. [3] Une actualité qui fait curieusement écho aux propos de feu Jacques-Antoine Gau, député socialiste de l’Isère, stigmatisant en 1974 « la formidable campagne d’intimidation qui n’a cessé de se développer et de s’amplifier depuis la dernière discussion parlementaire, arriverait à réduire les partisans d’une solution libérale ! Les auteurs de cette campagne disposent de moyens sur l’origine desquels il est permis de s’interroger. […] Quelle mobilisation pour exercer sur l’opinion et sur les parlementaires ce qu’il faut bien appeler un véritable terrorisme intellectuel et moral ! De telles pressions sont intolérables et la dignité du Parlement exige qu’elles soient condamnées du haut de cette tribune. » [4] Cette violence au sein de l’hémicycle de la Représentation nationale rappelle, en effet, celle qui a présidé les débats sur l’avortement en novembre 1974. Aujourd’hui comme hier, ce sujet « suscite passions et réactions, déchaîne les controverses, pose de naturelles interrogations et il continuera sans doute à en poser. Il n’a jamais été franchement abordé, et donc jamais résolu » pour reprendre les propos d’Henry Berger, député gaulliste de la Côte-d’Or rapporteur des différents rapports relatifs à l’IVG, lors de la discussion du projet de loi sur l’interruption volontaire de la grossesse (IVG) le 26 novembre 1974 qui soulignait déjà que « Toutes les compétences ont été sollicitées : médicales, juridiques, démographiques ou religieuses ». Un autre gaulliste, Albin Chalandon, soulignait à l’époque que « Prendre position dans ce débat au nom de l’Etat, c’est d’abord procéder à une ascèse : c’est oublier sa religion, sa métaphysique, sa morale même. L’Etat est neutre. Il est laïque. Il est dans le siècle. Son rôle est d’apporter une solution aux problèmes concrets tels qu’ils se posent dans la société et non pas tels qu’on voudrait qu’ils se posent. Et c’est un clérical catholique qui vous parle ! » [5] Des paroles que ne renierait pas aujourd’hui le rapporteur du projet de loi sur le mariage pour tous, Erwann Binet ; le député socialiste de l’Isère est catholique, père de cinq enfants, ancien scout et servant d’autel. [6]

 

En 1974, le débat sur l’IVG au palais Bourbon a duré quatre jours. [7] Le sujet suscite un tel intérêt qu’il est retransmis à la télévision. Simone Veil, ministre de la Santé, subit des attaques violentes et même des insultes multiples et répétées de nombreux députés au sein même de la majorité à laquelle elle appartient ! Les propos vont s’envenimer et souvent dépasser les limites du raisonnable. Ainsi, le 26 novembre 1974, le député René Feït, hostile à la loi sur l’IVG, fait entendre à la tribune de l'Assemblée un enregistrement des battements de cœur d'un fœtus avant de comparer l’avortement au génocide des juifs… [8] Aujourd’hui, la mode est plutôt aux ballerines esseulées. [9] Toutefois, que lit-on aujourd’hui sous la plume de Daniel Muraz du Courrier picard :

 

La radicalisation des mouvements de contestation est un air connu. Mais celle-ci devient, ici, nauséeuse, quand se mêlent les prières de rue de Civitas, les saluts hitlériens esquissés dans les derniers rassemblements, les appels sanguinaires d'une Frigide de plus en plus Barjot ou la prédiction d'une « guerre civile » par Christine Boutin. Et cela devient franchement inquiétant quand se libère une parole ouvertement homophobe et qu'apparaissent des agressions physiques.

La décision gouvernementale d'avancer le calendrier parlementaire a été ressentie - non sans raison - par les opposants comme un acte de mépris de plus. Si cette finesse tactique s'avère devenir la faute politique, la bienveillance ambiguë de l'UMP à l'égard des mouvements extrémistes qui fleurissent au cours de ce printemps français l'est encore plus. En participant à légitimer une mouvance à la logique de plus en plus factieuse. Le rose de la Manif pour tous vire singulièrement au noir. [10]

 

« Oui, mais voilà : le peuple gronde contre le régime, et donc contre Hollande et les socialistes, et c'est difficile, quand on est un leader de l'opposition, de résister à la tentation d'en faire trop », conclue Anna Cabana pour expliquer cette inquiétante dérive séditieuse, d’autant qu’il y aurait « Panique à l’Élysée » d’après la presse réactionnaire [11] qui dénonce « Ces Français qu’on bâillonne » ; Arnaud Folch précise aimablement que « Même si le FN est, aussi, un réceptacle des mécontentements de gauche, ses électeurs restent, quoi qu’on en dise, très majoritairement de droite ». [12] 

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Selon l’inénarrable Eric Zemmour, « Les Français rejettent Mai 68 » [13] mais les opposants au mariage homosexuel rêvent, aux dires d'Eric Branca, d’un « 1968 à l'envers », divaguant à haute voix d’un pouvoir aux abois. [14] N'est-ce pas là la contradiction d'une droite déboussolée (cf. l'introduction de François d'Orcival à ce propos). Il est vrai que les masques sont tombés : des fanatiques nous promettent du sang et des larmes. [15] D’ailleurs, le cardinal André Vingt-Trois conforte cette vision apocalyptique : selon l’archevêque de Paris, il « "se prépare une société de violence". Pour lui, il existe désormais une "fracture" entre le pouvoir civil et les chrétiens ». [16] Une représentation surannée tant elle évoque les luttes passées – et souvent perdues – entre la République et l’Eglise, notamment en matière de laïcité. Une déclaration affligeante également pour une majorité de catholiques confrontés à une hiérarchie ecclésiastique dogmatique et obtuse à ce sujet. [17] Une attitude très éloignée en vérité de la compassion du Christ envers les pauvres, les opprimés, les faibles, les parias et les étrangers, une caractéristique pourtant importante du ministère de Jésus. Une position, enfin, qui attriste François Vercelletto du quotidien Ouest-France, lequel constate que « le mariage pour tous commence à prendre un tour quasiment obsessionnel qui ne manque pas de m'interroger sur l'appréhension des véritables priorités pour un chrétien d'aujourd'hui », déplorant l’absence de « parole fraternelle envers les personnes homosexuelles » tout en dénonçant l’ostracisme dont sont victimes les « catholiques pratiquants qui sont favorables au mariage homosexuel ». [18] « Sommes-nous devenus fous ? », s’interroge de son côté Bruno Frappart dans les colonnes de La Croix : « Entendre parler de menace de "guerre civile", en ce moment, en France, à propos du mariage gay, voilà qui traduit bien le dérèglement des esprits. […] Car quand les mots dérapent, il existe toujours le risque que les choses les suivent et que la violence, de verbale, devienne concrète, palpable. Certains, d’ailleurs, ne s’y trompent pas, qui adoptent des méthodes musclées, physiques, où l’intimidation est la seule ligne politique. On ne compte plus les incidents, les interruptions de conférences, de débats provoqués par des groupuscules fascisants. » [19] Un constat que partage Hervé Favre de La Voix du Nord : « La violence verbale des opposants au mariage pour tous ne peut qu’encourager les agressions homophobes comme celle commise à Lille ». [20] Ces groupuscules d’extrême droite qui « cassent du pédé » oublient visiblement les précédents d’Ernst Röhm ou, plus près de nous, de Jörg Haider. [21] Toutefois, ce fantasme d’un « contre-Mai 68 » n’est pas l’apanage des extrémistes, même les modérés y songent comme le démontre Anna Cabana :

 

Mais même sans aller jusque-là, il y a ce parallèle violent dressé par Jean-Pierre Raffarin entre le climat actuel et Mai 68. L'ancien Premier ministre a déclaré avant-hier sur RTL : « On voit bien, pour parler à la de Gaulle, qu'il y a une menace de chienlit dans le pays. » Parler de « chienlit », en effet, ça sonne clairement comme une menace... [22]

 

Un climat de haine que des députés UMP attisent en invoquant un déni de démocratie, « un classique de l’histoire politique française » selon Jean-Yves Camus : 

 

Quand la gauche détient le pouvoir, la droite ne remet pas en cause uniquement son projet politique mais sa légitimité démocratique même. Parler de « coup d’État » alors que le gouvernement ne fait qu’accélérer une procédure, c’est un vocabulaire totalement déconnecté de la réalité. Qu’on soit d’accord avec lui ou pas, le gouvernement reste dans le cadre démocratique. À moins qu’il ne faille considérer tous les exécutifs qui ont utilisé précédemment la procédure d’urgence comme illégitimes… [23] 

 

« Le gouvernement fait un coup de force. Il n’a rien compris ? C'est la guerre civile qu'il veut ? », écrit avec provocation le député UMP de la Manche, Philippe Gosselin, sur Twitter le 12 avril 2013 (6 h 37) tandis que Guillaume Peltier, vice-président du mouvement et chef de file de « la droite forte », s’engage à abroger la loi sur le mariage pour tous si la droite revient au pouvoir en 2017. [24] Bien évidemment, comme disait Henri Queuille, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutentC’est d’ailleurs ce qu’observe Matthieu Deprieck de L’Express : « Le mariage gay devrait être adopté par le parlement ce mardi. Et plus l'issue de ce long débat approche, moins les élus UMP à promettre un retour en arrière en 2017 sont nombreux. » [25] Aussi notons-nous en conclusion cette remarque de Michel Urvoy sur son blog Politiquement chaud, le 15 avril dernier : sans les voix de la droite, le projet de loi ne passait pas au Sénat ! [26] Finalement, qui bâillonne qui ? Qui manipule qui ? Qui piège qui ? [27]

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[1] Anna Cabana, « UMP, mariage gay, et "chienlit" : le risque d’en faire trop ! » in Le Point, 19 avril 2013.

http://www.lepoint.fr/politique/la-politique-par-anna-cab...

 

[2] « Mariage gay : bagarre dans l’hémicycle » in Le Point avec AFP, 19 avril 2013.

http://www.lepoint.fr/politique/mariage-gay-les-deputes-e...

 

[3] Isabelle Ficek, « La radicalisation de l’opinion profite au Front national » in Les Echos, 19 avril 2013.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/...

 

[4] Compte rendu des débats de la séance du 26 novembre 1974, 1re séance, page 7005.

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/interruption/1974-11-26-1.pdf

 

[5] Compte rendu des débats de la séance du 26 novembre 1974, 2e séance, page 7027.

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/interruption/1974-11-26-2.pdf

 

[6] Olivia Elkaim, « Erwann Binet, défenseur du mariage gay et catholique » in La Vie, 11 janvier 2013.

http://www.lavie.fr/actualite/france/erwann-binet-defenseur-du-mariage-gay-et-catholique-11-01-2013-34885_4.php

 

[7] Loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/interruption/sommaire.asp

 

[8] Compte rendu des débats de la séance du 26 novembre 1974, 2e séance, page 7029.

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/interruption/1974-11-26-2.pdf

 

[9] Hélène Bekmezian, « Mariage pour tous : une ballerine met le feu à l’Assemblée » in Le Monde, 19 avril 2013.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/04/19/nouvelle...

 

 

[10] Daniel Muraz, « Le fond de l’air effraie » in Le Courrier picard, 19 avril 2013.

http://www.courrier-picard.fr/france-monde/le-fond-de-l-a...

 

[11] François d’Orcival, « Panique à l’Elysée » in Valeurs actuelles, 18 avril 2013.

http://www.valeursactuelles.com/panique-l%E2%80%99%C3%A9lys%C3%A9e20130417.html

 

[12] Arnaud Folch, « Ces Français qu’on bâillonne » in Valeurs actuelles, 18 avril 2013.

http://www.valeursactuelles.com/fran%C3%A7ais-qu%E2%80%99...

 

[13] Geoffroy Lejeune, « Eric Zemmour : "Les Français rejettent Mai 68 et veulent restaurer leur pays d’avant" » in Valeurs actuelles, 18 avril 2013.

http://www.valeursactuelles.com/%E2%80%9C-fran%C3%A7ais-r...

 

[14] Eric Branca, « 1968 à l’envers » in Valeurs actuelles, 18 avril 2013.

http://www.valeursactuelles.com/1968-l%E2%80%99envers2013...

 

Stéphanie Le Bars, « Mariage homosexuel : les opposants rêvent d’un "contre-Mai 68" » in Le Monde, 4 avril 2013.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/04/04/les-opposants-se-radicalisent-et-revent-d-un-contre-mai-68_3153634_3224.html

 

Alain Auffray, « L’UMP joue la carte du raz-de-marée populaire » in Libération, 17 avril 2013.

http://www.liberation.fr/politiques/2013/04/17/l-ump-joue-la-carte-du-raz-de-maree-populaire_897029 

 

[15] Julie Reynié, « Des anti-mariage pour tous prédisent "une guerre civile" » in RTL, 12 avril 2013.

http://www.rtl.fr/actualites/info/article/des-anti-mariag...

 

Dom Bochel Guégan, « Barjot promet le sang, Boutin la guerre civile : les masques sont tombés » in Le Plus, 13 avril 2013.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/818847-barjot-pr...

 

[16] Marie-Lucile Kubacki, « André Vingt-Trois : "Il se prépare une société de violence" » in La Vie, 16 avril 2013.

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/andre-vingt-trois-il-se-prepare-une-societe-de-violence-16-04-2013-39196_16.php

 

[17] « Mariage homosexuel : Mgr Pontier "sur la même position" que le cardinal Vingt-Trois » in Urbi&Orbi, 19 avril 2013.

http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/France/Mar...

 

[18] François Vercelletto, « Mgr Vingt-Trois me fait de la peine » in Etats d’âme, 16 avril 2013.

http://religions.blogs.ouest-france.fr/archive/2013/04/16/mgr-vingt-trois-me-fait-de-la-peine.html

 

Aymeric Christensen, « Ces chrétiens qui défendent le mariage gay » in La Vie, 14 décembre 2012.

http://www.lavie.fr/actualite/societe/ces-chretiens-qui-defendent-le-mariage-gay-14-12-2012-34145_7.php

 

[19] Bruno Frappart, « Sommes-nous devenus fous ? » in La Croix, 19 avril 2013.

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Sommes-nous-deve...

 

[20] Hervé Favre, « Violence verbale, violence physique » in La Voix du Nord, vendredi 19 avril 2013.

 

[21] Abel Mestre et Caroline Monnot, « Mariage gay : ces groupuscules d’extrême droite aux méthodes violentes » in Le Monde, 19 avril 2013.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/04/19/mariag...

 

P. S. et B. DU., « Agression homophobe dans un bar gay du Vieux Lille : le patron évoque une montée de tension due au mariage pour tous » in La Voix du Nord, 19 avril 2013.

http://www.lavoixdunord.fr/region/agression-homophobe-dan...

 

[22] Anna Cabana, « UMP, mariage gay, et "chienlit" : le risque d’en faire trop ! » in Le Point, 19 avril 2013.

http://www.lepoint.fr/politique/la-politique-par-anna-cab...

 

[23] Laurent Mouloud, « Mariage pour tous. "On assiste au retour des réseaux catholiques traditionnalistes" selon Jean-Yves Camus » in L’Humanité, 15 avril 2013.

http://www.humanite.fr/societe/des-reseaux-catholiques-traditionalistes-520250

 

[24] Jean-Baptiste Garat, « Peltier : "Nous abrogerons le mariage pour tous" » in Le Figaro, 17 avril 2013.

http://www.lefigaro.fr/politique/2013/04/17/01002-20130417ARTFIG00563-peltier-nous-abrogerons-la-loi-sur-le-mariage-pour-tous.php

 

[25] Matthieu Deprieck, « Mariage pour tous : la droite est en train de lâcher l’idée de revenir dessus en 2017 » in L’Express, 19 avril 2013.

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/mariage-pour-t...

 

[26] Michel Urvoy, « La droite fait voter… le mariage gay ! » in Politiquement chaud, 15 avril 2013.

http://politique.blogs.ouest-france.fr/archive/2013/04/15/la-droite-fait-voter-le-mariage-gay.html

 

[27] Cécile Cornudet, « Mariage gay : le jeu du qui piège qui ? » in Les Echos, 18 avril 2013.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/0202714762132-mariage-gay-le-jeu-du-qui-piege-qui-559601.php

12/03/2013

AMNISTIE SOCIALE : FÂCHEUSE COÏNCIDENCE

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Le 27 février dernier, le Sénat adoptait de justesse une loi d’amnistie sociale déposée par le groupe communiste, républicain et citoyen afin que « ceux qui ont préféré l’indignation et la dignité à la résignation et à la peur ne soient pas condamnés de ce seul fait » (dixit Dominique Watrin, sénateur du Pas-de-Calais). [1] Un texte aussitôt attaqué par l’opposition (UMP et centristes) et le patronat, qui dénoncent d’une même voix « un chèque en blanc à la violence » d’après Eric Woerth, député UMP de l’Oise, « un appel à encourager la destruction et le cassage » selon la présidente du Medef, Laurence Parisot. [2] C’est pourtant un texte a minima puisque plusieurs amendements socialistes ont singulièrement restreint la portée de la proposition de loi. Etrangement, comme pour justifier a posteriori les réserves socialistes, des échauffourées ont opportunément éclaté quelques jours plus tard, entre des salariés de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord et les forces de l'ordre près du siège du fabricant américain de pneumatiques à Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine, département le plus riche de France. Une fâcheuse coïncidence qui alimente le soupçon d’un dérapage prémédité [3], d’autant que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, réticent à cette proposition de loi [4], a immédiatement condamné la « violence » des ouvriers de Goodyear et promis des poursuites judiciaires. [5] Dès lors, une question se pose avec acuité : le texte sénatorial passera-t-il l’obstacle de l’Assemblée nationale ? [6] Une interrogation cruciale puisqu’un échec démontrerait alors que le PS a définitivement tourné le dos aux ouvriers comme le suggère l’économiste Bertrand Rothé [7] ; en 2011, suite à une étude de la fondation Terra Nova, le quotidien Libération ouvrait déjà le débat à ce sujet : « Le Parti socialiste doit-il renoncer au vote ouvrier ? » [8] Un sabordage idéologique particulièrement dangereux lorsque l’on est assis au-dessus d’un volcan… [9]



[1] Etienne Baldit, « Conflits sociaux : la loi d’amnistie adoptée de justesse au Sénat » in Public Sénat, 27 février 2013.

http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/conflits-sociaux-...

 

[2] Adrien Rouchaleou, « Avalanche de réactions à propos de l’amnistie sociale » in L’Humanité, 5 mars 2013.

http://www.humanite.fr/politique/avalanche-de-reactions-propos-de-l-amnistie-social-516695

 

Geoffroy Clavel, « Amnistie sociale : Parisot "médusée", la droite dénonce une loi "clientéliste" » in Le Huffington Post avec AFP, 1er mars 2013.

http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/01/amnistie-sociale-...

 

« Loi sur l’amnistie sociale : "Un chèque en blanc à la violence" » in Le Nouvel Observateur avec Reuters, 1er mars 2013.

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20130301.OBS0514/loi-sur-l-amnistie-sociale-un-cheque-en-blanc-a-la-violence.html

 

« La proposition de loi sur l’amnistie sociale fait des vagues » in RMC avec Reuters, 1er mars 2013.

http://www.rmc.fr/editorial/354344/la-proposition-de-loi-...

 

« La loi d’amnistie sociale est un "appel au cassage", dit Parisot » in RMC avec Reuters, 27 février 2013.

http://www.rmc.fr/editorial/353782/la-loi-damnistie-sociale-est-un-appel-au-cassage-dit-parisot/

 

[3] Dans un tract en date du jeudi 7 mars 2013 et intitulé « "Goodyear", robinets fermés pour les lanceurs d’eau… », le syndicat Unité SGP Police Force ouvrière (majoritaire chez les gradés et gardiens de la paix) s’interroge à ce propos : « Pourquoi avoir des engins lanceurs d’eau et ne pas les utiliser ? Ne servent-ils donc que pour la parade ? Nos 6 collègues blessés attendent avec impatience la réponse... » La centaine de salariés blessés aussi… Goodyear Robinets fermés pour les lanceurs d'eau.pdf

 

[4] Geoffroy Clavel, « Amnistie sociale : Manuel Valls, "sceptique", est d’accord avec Laurence Parisot » in Le Huffington Post avec AFP, 4 mars 2013.

http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/04/amnistie-sociale-manuel-valls-sceptique-laurence-parisot_n_2804452.html

 

[5] S.C., « Goodyear : Valls condamne les violences et promet des sanctions » in BFMTV avec AFP, 8 mars 2013.

http://www.bfmtv.com/politique/goodyear-valls-condamne-agressions-contre-policiers-465898.html

 

[6] Pauline de Saint-Rémy et David Couloume, « Amnistie sociale : le cas Goodyear divise le Parti socialiste » in BFMTV, 8 mars 2013.

http://www.bfmtv.com/politique/amnistie-sociale-cas-goodyear-divise-parti-socialiste-466560.html

 

[7] Jacques-Marie Bourget, « Comment le PS a tourné le dos aux ouvriers » in Bakchich, 26 février 2013.

http://www.bakchich.info/france/2013/02/25/comment-le-ps-...

 

[8] Eric Aeschimann, « Le Parti socialiste doit-il renoncer au vote ouvrier ? » in Libération, 10 juin 2011.

http://www.liberation.fr/tribune/01012342429-le-parti-soc...

 

Hervé Nathan, « Quand la gauche dit "adieu" aux ouvriers et employés » in Marianne, mardi 10 mai 2011.

http://www.marianne.net/hervenathan/Quand-la-gauche-dit-a...

 

Hervé Nathan, « Peuple ou pas peuple ? Terra Nova répond » in Marianne, lundi 16 mai 2011.

http://www.marianne.net/hervenathan/Peuple-ou-pas-peuple-...

 

[9] Julien Dray, « Austérité : au-dessus d’un volcan… » in Le Huffington Post, 12 mars 2013.

http://www.huffingtonpost.fr/julien-dray/julien-dray-aust...

« La crise se déploie. Elle s'insinue partout, casse, déstabilise, brise, broie nos économies... Elle ronge la structure politique des nations européennes. Il faut désormais être aveugle pour ne pas voir ce qui couve. Bientôt, si l'on n'y prend garde, nos pays ne connaitront que les affres des colères populaires ou des flambées populistes... »

01/10/2012

DE LA POLICE MUNICIPALE À LA POLICE TERRITORIALE

rapport,sénat,police municipale,police territoriale,françois pillet,rené vandierendonck,avenir,sécuritérapport,sénat,police municipale,police territoriale,françois pillet,rené vandierendonck,avenir,sécurité« De la police municipale à la police territoriale : mieux assurer la tranquillité publique », tel est l’intitulé du rapport d’information n°782 réalisé par les sénateurs François Pillet (à droite) et René Vandierendonck (à gauche) au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d'administration générale. Enregistré le 26 septembre dernier, son contenu n’est connu que de quelques initiés. Toutefois, son titre indique son orientation : « De la police municipale à la police territoriale », et une question s’impose d’emblée : est-ce l’aboutissement d’une démarche engagée dix ans auparavant ?

 

Lors des états généraux des élus locaux, le 15 juin 2001, à Marseille, Christian Poncelet, alors président du Sénat, suggérait le passage de la décentralisation àune « République territoriale », affirmant à l’époque qu’« Il faut donner aux collectivités locales les instruments d’une véritable autonomie », c’est-à-dire leur donner de nouvelles compétences, un pouvoir réglementaire (afin « d’adapter la réglementation nationale aux réalités locales ») et consacrer leur autonomie fiscale. [1] En matière de sécurité, il constatait l’échec des contrats locaux de sécurité (CLS) : « les résultats des CLS ne sont pas satisfaisants. Je ne condamne pas cette initiative. Simplement, elle n’aboutit pas à un recul de l’insécurité et j’en tire les enseignements. Je ne comprends pas qu’après vingt ans de décentralisation on ne soit pas passé à une étape plus radicale en la matière. » Cette dernière consistait dans son esprit à « accorder aux maires la faculté de créer une "police territoriale de proximité" qui regrouperait, sous leur autorité, la police municipale, la police nationale et la gendarmerie. » [2] Pour justifier une telle évolution, il expliquait que le maire, « officier de police judiciaire, serait le coordonnateur de la force publique [coordonner les acteurs de la sécurité était, pourtant, déjà le principal objectif des contrats locaux de sécurité]. Parce que lui seul connaît les zones sensibles et parfois les délinquants [sic], nul n’est mieux placé que lui pour orienter l’action de la police […] afin de mieux répondre aux attentes de la population exaspérée devant la croissance de l’insécurité. »

 

Loin d’être novatrice, une telle initiative relevait en réalité davantage du retour vers le passé avec une résurgence des pratiques policières de la IIIe République. [3] Néanmoins, depuis la loi n°2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance, le maire est devenu le « pivot » de la politique de prévention, dont il « coordonne la mise en œuvre ». Une loi inégalement inappliquée dans les faits. [4] Enfin, initiés par la gauche (et critiqués à ce titre par Christian Poncelet), les CLS ont été maintenus et étoffés par la droite en 2002 « d’une instance stratégique visant à diriger l’action publique locale en matière de sécurité : les Conseils locaux (ou Intercommunaux) de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD et CISPD) », avant d’être renforcés quatre ans plus tard avec les CLS de nouvelle génération. [5] On note aujourd’hui, non sans humour, que dans sa circulaire du 30 juillet 2012 relative aux premières zones de sécurité prioritaires (ZSP), Manuel Valls critique les CLSPD pour mieux les écarter des dispositifs à venir :

 

Même s’ils ont permis dans certaines collectivités la constitution de groupes de travail particulièrement  dynamiques et créatifs, les CLSPD restent trop souvent un lieu d’échange sans réelle capacité décisionnelle. Ils souffrent du nombre et de la diversité de leurs membres [sic], qui rendent difficile un suivi opérationnel effectif et balaient souvent la problématique de l’insécurité dans toutes ses composantes sans identifier les priorités ou les objectifs à atteindre.

La cellule de coordination opérationnelle du partenariat souhaitée dans le cadre des ZSP ne peut donc être le CLSPD ou le CISPD...

 

Cela dit, le ministre de l’Intérieur n’a jamais caché son positionnement en faveur des polices municipales. Ainsi, déclarait-il en 2006 : « Je suis favorable à leur développement et leur généralisation sur tout le territoire, mais nous serons obligés de mieux définir leur place. » Il se distingue, toutefois, de la logique de Christian Poncelet : « Je crois que les élus doivent s'impliquer dans ce domaine [la sécurité] et assumer une part de responsabilité avec l'Etat. Mais le texte de Nicolas Sarkozy [qui aboutira à la loi du 5 mars 2007] organise une nouvelle défausse de l'Etat sur le maire en matière de sécurité ou de santé. Le maire doit garder son rôle de médiation et ne peut pas être transformé en shérif ! Il faut que les citoyens puissent bien percevoir quel est le rôle de chacun. Le maire doit être un acteur majeur des politiques partenariales de sécurité et de prévention, mais dans le strict respect de la séparation des pouvoirs et des compétences, sous l'autorité du préfet et du procureur de la République. » [6]

 

Six ans plus tard, alors que le député-maire d’Evry est le nouveau locataire de la place Beauvau (en attendant Matignon, voire l’Elysée ?), son opinion est partagée par les élus de terrain. Ainsi, Emilie Thérouin, élue écologiste, adjointe au maire d'Amiens en charge de la sécurité et de la prévention des risques, déclarait récemment dans une tribune publiée dans Le Monde :

 

La sécurité ne relève plus de la seule responsabilité de l'Etat. Les collectivités locales occupent une place centrale. Les élus locaux se retrouvent en première ligne, confrontés à la colère des victimes et à la demande croissante de sécurité de leurs administrés. Mais les communes concourent à la production de la sécurité en tant qu'aménageurs, opérateurs, gestionnaires de services publics et employeurs.

Ainsi, nous avons observé une implication réelle des villes, venant souvent pallier des carences étatiques, en finançant des polices municipales, des médiateurs, de la vidéosurveillance, etc. Le législateur est venu confirmer cette tendance en 2007 en érigeant le maire au centre de la prévention de la délinquance et en faisant du partenariat un incontournable.

Cependant il apparaît que l'Etat, d'une part, continue à se comporter comme donneur d'ordres alors que les communes financent les choix définis en hauts lieux – renforcement des prérogatives des policiers municipaux et promotion aveugle de la vidéosurveillance – et, d'autre part, qu'il se désinvestit avec l'application de la RGPP dans la police nationale et la gendarmerie. Or, une politique de prévention et de sécurité ne peut plus se concevoir uniquement à Paris. Pour autant, les élus locaux ne pourront obtenir des résultats seuls en dépit de leurs efforts.

En 2012, le président de la République [François Hollande] décide d'ériger l'éducation, la justice et la sécurité comme priorités du quinquennat. En matière de sécurité, la première mesure est l'instauration de zones de sécurité prioritaires. Ce dispositif marque le retour de l'Etat. Toutefois, nous ne devons pas retomber dans les errances du centralisme. Les élus locaux doivent occuper une place centrale dans la redéfinition de la politique de prévention et de sécurité. Etant entendu que les problèmes de sécurité concernent avant tout des habitants et des territoires, il convient d'organiser une gouvernance plus locale de la sécurité.

S'il n'est pas question de faire des maires des shérifs ou d'opter pour une décentralisation de la sécurité, il s'agit d'orienter l'action publique en fonction des besoins des habitants et de se reposer sur des innovations locales. Ainsi, les priorités pourraient être convenues entre les communes, le parquet et les chefs de service de police ou de gendarmerie. Grâce aux nouvelles stratégies territoriales, les politiques publiques concourraient à prévenir toutes les formes de délinquance, en réconciliant prévention, dissuasion, sanction et réinsertion. Aussi, bâtissons un vrai service public de médiation. [7]

 

La situation ayant considérablement évolué pour les polices municipales depuis la loi du 15 avril 1999 dite « loi Chevènement », l’édile écologiste insiste sur l’impérieuse nécessité d’une nouvelle loi-cadre ainsi que la création d’une « filière sécurité/prévention locale » au sein de la fonction publique territoriale. [8]

 

Dans son Rapport sur le rôle et le positionnement des polices municipales (décembre 2010), l’IGA (Inspection générale de l’administration) a d’ailleurs évoqué la création d’un « corps » de police municipale (page 32), notant que « dans ce domaine, si toutes les formations syndicales sont sensibles au besoin de reconnaissance des polices municipales, il y a, malgré tout, des degrés différents dans la volonté d’intégration. Le premier degré correspond, pour la majorité des syndicats, à la rédaction d’une doctrine nationale d’emploi en restant dans le cadre de la fonction publique territoriale. […] Enfin, une minorité milite pour la création d’une véritable police "territoriale" autonome proche des deux forces de sécurité actuelles ». 

 

Parmi ceux-ci, le SIPM (Syndicat indépendant de la police municipale), qui s’est prononcé en juin 2010 en faveur de la police territoriale. Dans l’esprit du SIPM, la police territoriale doit être de préférence intercommunale avec des compétences judiciaires accrues, même si « les forces de police centralisées DOIVENT garder le monopole de la lutte contre les émeutes, le grand banditisme, la criminalité, les réseaux de trafic de stupéfiants et de proxénétisme, l'immigration clandestine, le renseignement et la lutte contre le terrorisme. » [9]Il souhaite parallèlement la création d’une quatrième Fonction publique de la sécurité (Actuellement, la Fonction publique est organisée en trois pôles : Fonction publique d’Etat, qui inclut la police et la gendarmerie nationales ; Fonction publique territoriale à laquelle sont rattachés les agents de police municipale, les gardes champêtres et les agents de surveillance de la voie publique ; Fonction publique hospitalière). [10] Celle-ci rassemblerait tous les personnels liés à la sécurité au sens large et serait supposée gommer « la multiplication des statuts auxquels sont assujettis les personnels relevant des corps concernés » (alors que les missions mais aussi les conditions de recrutement, les niveaux de qualification et de rémunération diffèrent largement) avec des passerelles entre les forces d’Etat et la police territoriale sur le modèle belge. Le SDPM (Syndicat de défense des policiers municipaux) appelle lui aussi à transformer la police municipale en police territoriale. D’ailleurs, il a travaillé assidûment avecJean-Paul Garraud, député UMP de la Gironde, secrétaire national de l'UMP délégué à la Justice et pilier de la Droite populaire, sur « la création et la généralisation des services de la police territoriale, avec intégration des policiers municipaux et gardes champêtres dans celle-ci » ; longtemps combattue par les gardes champêtres, cette mesure fait en vérité consensus dans le petit monde syndical de la police municipale. Dans cette perspective, il réclame sans surprise la généralisation des services de police municipale territoriale dans les communes ou services intercommunaux, un partage des rôles entre les forces de l'Etat et la police territoriale, un substantiel accroissement des compétences judiciaires, la généralisation de l’armement à feu car cette police « New Age » ne serait, bien évidemment, pas une police « sociale » ou uniquement préventive. [11]

 

Même si les syndicats dits « professionnels » (SIPM, SDPM, USPPM et UNAPM) ont été reçus par la mission sénatoriale le 13 mars dernier, il est peu vraisemblable qu’hormis la fusion des cadres d’emplois d’agent de police municipale et de garde champêtre – d’ores et déjà acquise puisqu’elle fait consensus – leurs idées aient été suivies par les sénateurs ; les mots du titre de leur rapport sont révélateurs : « mieux assurer la tranquillité publique » et non la sécurité publique. En revanche, il est fort probable que les rapporteurs se soient inspirés des recommandations émises par le préfet feu Jean Ambroggiani, des propositions de leur confrère, Claude Leteurtre, député (Nouveau Centre) du Calvados et auteur d'une proposition de loi sur le sujet en 2008, sans oublier les réflexions du Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU) et les conclusions du récent rapport du Conseil supérieur de la Fonction publique territoriale.

 

UNE NOTION POLYSÉMIQUE

 

Avant de poursuivre, il est nécessaire de définir la police territoriale, « une notion polysémique » comme le démontrent Tanguy Le Goff et Virginie Malochet :

 

Indiscutablement, la notion de police territoriale est dans l’air du temps. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un rapide coup d’œil sur les récentes déclarations d’élus locaux et nationaux, quelle que soit leur couleur politique, ou de syndicalistes policiers, qu’ils soient nationaux ou municipaux : l’idée qu’il faut développer une police territoriale est au cœur de nombreux projets de réforme de la police. Néanmoins, selon les acteurs, leur positionnement institutionnel et les intérêts qu’ils défendent, la notion de police territoriale revêt des significations bien différentes. […]

Pour certains, la police territoriale s’entend dans un sens statutaire : elle renvoie à la structuration d’une filière propre au sein de la fonction publique territoriale. Cette filière a vocation à regrouper non seulement les 20 000 agents relevant des cadres d’emplois de la police municipale, mais aussi tous les autres agents territoriaux affectés à des missions de sécurité, tels que les 5 000 agents de surveillance de la voie publique (ASVP) et les opérateurs de vidéosurveillance, voire, dans une acceptation très large, l’ensemble des métiers locaux de la prévention/sécurité tels les agents locaux de médiation sociale et autres correspondants de nuit. Cette vision, portée par des associations professionnelles, parfois relayée par des parlementaires, s’inscrit dans une perspective décentralisatrice visant à renforcer la légitimité des pouvoirs locaux dans la gestion d’une police du quotidien.

Poussée jusqu’au bout, cette conception de la police territoriale pourrait, in fine, aboutir à la suppression des services étatiques de sécurité publique au profit des seuls services territoriaux. Autrement dit, un transfert de charges et de moyens s’opérerait en direction des communes ou des intercommunalités, à qui serait confiée la gestion exclusive de la police du quotidien. Que les choses soient claires, très rares sont aujourd’hui les partisans d’un tel scénario. […]

Pour d’autres, la « police territoriale » se définit dans une logique de déconcentration et non de décentralisation. Elle est synonyme d’une réorganisation de la police et de la gendarmerie nationales fondée sur un renforcement des pouvoirs des services déconcentrés. L’objectif est de rompre avec les travers d’une institution duale et hypercentralisée qui fixe des objectifs pour l’ensemble du territoire nationale, considérant que ce qui est applicable à Toulouse est valable à Amiens comme à Pouzioux La Jarrie… ce qui, dans la pratique, n’est évidemment pas le cas. A travers l’idée d’une police territoriale, il s’agit de donner une plus large autonomie aux représentants locaux des services policiers de l’Etat, afin qu’ils puissent se rapprocher des territoires, s’y ancrer et s’adapter à leurs spécificités. Voilà la conception guidant cette vision d’une police territoriale déconcentrée. […]

Dans une troisième acceptation, la notion de « police territoriale » sert à qualifier un certain type de politique de sécurité publique, indépendamment des spécificités statutaires et organisationnelles des services concernés. Elle renvoie à un modèle policier visant à réinscrire l’action dans le territoire pour se rapprocher de la population et mieux répondre aux problèmes locaux. En d’autres termes, elle est associée à ce qu’on désigne communément en France sous le label « police de proximité », traduction approximative de la notion anglo-saxonne de community policing. [12]

 

Les deux sociologues concluent que « quelle que soit l’acceptation donnée à la police territoriale, le maire est incontournable parce qu’il représente le lien avec la population. Plusieurs scénarii sur la place qu’il pourrait tenir sont envisageables. »

 

LA FUSION ACTÉE

 

En 2005, Bérengère Poletti, députée UMP des Ardennes, interrogeait le ministre de l’Intérieur sur le recrutement d'agents de catégorie C pour la filière police dans la Fonction publique territoriale. Constatant que « La catégorie C comprend deux cadres d'emplois dans la filière police : les agents de la police municipale et les gardes champêtres [dont] Les conditions de recrutement sont identiques et leurs fonctions sont quasiment identiques également », elle lui demandait s'il entendait « prendre des mesures visant à fondre ces deux cadres d'emplois et les fonctions exercées ». Nulle référence à une quelconque police territoriale à l’époque, la fusion n’était pas à l’heure du jour, mieux le ministère de l’Intérieur justifiait « l’existence de cadres d’emplois distincts ». [13]

Six ans plus tard, la députée ardennaise interpelle à nouveau le ministre de l’Intérieur à propos de « la création "d'un corps unique" de "police territoriale" » préconisée dans le rapport Ambroggiani, c’est-à-dire la fusion des cadres d’emplois d’agent de police municipale et de garde champêtre. La réponse ministérielle précise « En ce qui concerne la création d'un cadre d'emplois unique regroupant les agents de police municipale et les gardes champêtres, cette mesure recueille l'aval de l'ensemble des parties [organisations syndicales et employeurs territoriaux]. Elle nécessite toutefois, au préalable, l'adoption de mesures législatives puisque les missions de ces deux types d'agents relèvent jusqu'à présent de dispositions législatives spécifiques à chacun d'entre eux. Il est donc nécessaire d'harmoniser les textes en présence afin d'identifier les missions confiées aux fonctionnaires regroupés dans un même cadre d'emplois avant de mettre en œuvre la réforme statutaire. » [14]

 

Dans l’intervalle, en 2008, le député Nouveau Centre du Calvados, Claude Leteurtre, dépose une proposition de loi pour la « Reconnaissance de la police territoriale comme un corps à part entière » ; l’exposé des motifs n’est pas dénué d’intérêt :

 

La police territoriale n’existe pas à ce jour. Le seul terme utilisé pour désigner les fonctionnaires territoriaux exerçant des missions de sécurité publique est celui de « police municipale ». Ce terme est réducteur à plus d’un titre. Tout d’abord, il exclut de fait les gardes champêtres et les agents de surveillance de la voie publique (ASVP), car il est à la fois un terme générique dans son acception générale détaillée précédemment, mais il désigne aussi un corpus juridique (l’ensemble des pouvoirs de police dont dispose le maire) et un cadre d’emploi (celui des agents de police municipale). De plus, ce terme n’est plus adapté vu le développement de l’intercommunalité.

Le terme de police territoriale est exempt de ces reproches. Il ne désigne ni un cadre d’emploi, ni un corpus juridique, et permet de réunir, sans discrimination, l’ensemble des agents dans un corps unique. [15]

 

L’année suivante, suite à la publication du rapport Ambroggiani, le député du Calvados réitère la nécessité d’une loi pour « créer la nouvelle filière des polices territoriales pour rassembler les agents chargés dans les collectivités territoriales de missions de sécurité ». [16] Dans cette perspective, il définit quatre cadres d’emplois distincts mais toujours accessibles par voie de concours interne. [17] Il défend également une militarisation des grades : les chefs de service de police municipale deviendraient des « officiers de police territoriale » avec trois grades (sous-lieutenant, lieutenant et capitaine) tandis que les directeurs de police municipale, à la fois interface avec les partenaires institutionnels et conseillers des élus locaux en matière de sécurité, accèderaient au grade de « commandant de police territoriale ». Il promeut aussi une école nationale des polices territoriales (ENPT). Enfin, Claude Leteurtre se prononce pour la création d’un délégué interministériel à la police territoriale – comme il existe un délégué interministériel à la sécurité routière ou à la sécurité privée – et d’un organisme de contrôle et d’expertise spécifique : une Inspection générale des polices territoriales (IGPT).

 

Ce parlementaire normand s’est visiblement inspiré des propositions d’un groupe de travail informel constitué par Steve Richard, Cédric Renaud, Bernard Valezy et un anonyme directeur de police municipale. [18] Ceux-ci sont généralement connus des initiés. Le premier est à la fois chef de service de police municipale à Saran dans le Loiret et président de l’Observatoire national des polices municipales (ONPM). Le second est officier de gendarmerie et, reconnaissons-le, aficionado des gardes champêtres, puis des polices municipales, dont l’influence, bien que discrète, n’est nullement négligeable. [19] Le troisième est actuellement directeur des formations et de la recherche à l’école nationale supérieure de la police (ENSP) à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or. Tous sont de chauds partisans de la police territoriale. « Mobilisons-nous pour la police territoriale ! », lançait ainsi Steve Richard l’an dernier. [20] Deux membres de l’ONPM, Yann-Cédric Quéro et Alain Tortay, voient dans la police territoriale « une validation du principe d’une police de proximité décentralisée » et estiment qu’« en créant la police territoriale et en l’intronisant comme police de proximité légitime, l’État transmet une partie de sa compétence policière. » Ces missionnaires de la police territoriale ont recours à tous les arguties pour défendre et faire avancer leur cause. Ainsi, ont-ils confronté le rapport du préfet Jean Ambroggiani et celui de la Délégation à la prospective et à la stratégie (DPS), tous deux dédiés aux polices municipales et publiés simultanément au mois de mars 2009 !

 

La police territoriale n’est pas constituée que des seuls APJA [agents de police judiciaire adjoint en vertu de l’article 21 du Code de procédure pénale], mais de tous les fonctionnaires territoriaux œuvrant dans le champ de la sécurité locale. En présentant également les effectifs d’Agents de Surveillance de la Voie Publique (ASVP) et de gardes champêtres (GC), la filière sécurité locale ne représente pas 18.000 agents de PM, mais 40.000 agents de police territoriale ; ce qui en terme de visibilité est assez différent.

Pour le préfet Ambroggiani les ASVP sont 3.000, là où ils sont 18.000 pour la DPS, ce qui de notre point de vue semble plus proche de la réalité. Les esprits critiques auront sans doute raison de se laisser aller à quelques commentaires quant à la différence des chiffres. Il ressort cependant de la présentation de la DPS que le nombre d’ASVP est sensiblement le même que celui des agents de PM, ce qui a le mérite d’être dit (DPS, 2009, p.4). Le rapport Ambroggiani propose de leur donner une tenue, de définir leurs missions afin de couper court aux mauvaises pratiques, de les former au CNFPT et d’organiser un glissement vers l’APJA. Dans un premier temps, il pourrait être utile de leur donner un statut, dans la mesure où les ASVP sont tantôt agents de la voierie, tantôt agents administratifs… [21]

 

Selon le dernier recensement effectué par le ministère de l'Intérieur, au premier semestre 2011, le nombre d'ASVP est estimé à 5 500. D’ailleurs, dans son rapport sur l’organisation et la gestion des forces de sécurité publique (juillet 2011), la Cour des comptes note à propos des effectifs territoriaux : « Si l’on ajoute les gardes-champêtres (environ 1 450 agents) relevant également de la filière "police municipale", dont la mission est loin d’être négligeable, notamment en matière environnementale, les agents de surveillance de la voie publique (environ 5 180 ASVP), qui assurent notamment des missions de contrôle du stationnement, et les agents de surveillance de Paris (2 330 ASP), les services de police municipale représentent environ 28 300 agents, soit 11 % des effectifs cumulés, de la police et de gendarmerie nationales » (page 108). Un total bien inférieur aux 40 000 agents avancés par la DPS, surtout qu’il est peu probable que les ASP soient comptabilisés au sein de la future police territoriale en raison du statut particulier de la capitale.

 

Des nuances s’imposent également. Ainsi, Cédric Renaud évoque – à juste titre – les polices territoriales plutôt que la police territoriale : « l’emploi du pluriel permet de refléter ces polices dans leurs diversités : armement, missions, équipement, uniforme, etc. Il ne s’agit pas d’un corps homogène, mais d’un corps riche de ces différences. » [22]

 

Enfin, le Conseil supérieur de la Fonction publique territoriale (CSFPT) penche aussi en faveur de la police territoriale. Le 5 septembre 2012, il a, en effet, adopté à une large majorité (26 voix favorables et 8 abstentions) un rapport attendu sur l’évolution statutaire et la formation de la filière police municipale. Il approuve ainsi la création d’un « corps unique » de « police territoriale » réunissant policiers municipaux et gardes champêtres :

 

Selon le président du CSFPT, Philippe Laurent, le rapport présenté le 5 septembre « se propose de faire des propositions qui ont pour objectif d’améliorer le fonctionnement du service public de sécurité et la situation des agents de cette filière ». Concernant le volet statutaire, les auteurs du rapport approuvent la « fusion des gardes champêtres avec les policiers municipaux mais pas la création de deux spécialités qui pourrait créer des problèmes de mobilité ».

Il préconise notamment un « nécessaire » changement d’appellation des chefs de service de catégorie B afin d’éviter « le risque de confusion entre le vrai chef de service (catégorie A) et le chef de service de police municipale (un des trois grades du cadre d’emplois de catégorie B) ». Concernant les directeurs de police municipale (catégorie A), le rapport revient sur la question du seuil des 40 agents nécessaires pour créer un cadre d’emplois de directeur et suggère de modifier les conditions de nomination « afin de permettre davantage de nominations ». Une proposition entérinée en mars dernier par la Commission consultative des polices municipales. Tout comme celle d’attribuer obligatoirement l’indemnité spéciale de fonction.

Autre chantier abordé : la clarification du statut des agents de surveillance de la voie publique. A cet effet, les membres du CSFPT proposent plusieurs pistes de réflexion : intégration des agents dans la filière technique, création d’un nouveau cadre d’emplois ou intégration dans la police municipale. Le rapport indique que l’Association des maires de France plaide en faveur d’un statu quo. [23]

 

Force est donc de constater que le lobbying en faveur de la fusion a été intense au cours de la décennie écoulée, au point de s’imposer comme une évidence. Nul doute alors que la mission sénatoriale avalisera à nouveau cette disposition. D’ailleurs, certains n’ont pas attendu ce nouveau rapport pour évoluer en ce sens. Ainsi l’association des policiers municipaux responsables de service est-elle devenue en 2010 l’Association des fonctionnaires de police territoriale (AFPT). De son côté, l’Observatoire national des polices municipales (ONPM) a lancé ses premières rencontres nationales des polices territoriales le 13 octobre 2011 à La Chapelle-Saint-Mesmin dans le Loiret, une manifestation renouvelée cette année à Nice, le 11 octobre prochain.

 

Notre réflexion s’arrêtait sur ce point. Nous nous apprêtions à émettre des hypothèses sur le contenu du rapport sénatorial lorsque La Gazette des communes a publié en exclusivité les conclusions de ce dernier. Dès lors, supputer devenait inutile.

 

Remarquons, néanmoins, en conclusion qu’une direction centrale de la police territoriale a été créée par le décret n°92-152 du 20 février 1992 au sein de la direction générale de la police nationale ; les attributions de la direction centrale des polices urbaines, de la direction centrale des renseignements généraux et du service central de la police de l'air et des frontières devaient lui être dévolues. Victime des aléas politiques (seconde cohabitation), elle fut abrogée l’année suivante par le décret n°93-1030 du 31 août 1993.



[1] Jacques Paquier et Xavier Brivet, « Christian Poncelet : "Il faut donner aux collectivités locales les instruments d’une véritable autonomie" » in La Gazette des communes n°1604 du 2 juillet 2001, page 20.

 

[2] Christian Poncelet reprend alors, sans le dire, la proposition lancée par André Santini, député UDF des Hauts-de-Seine, qui avait déposé quelques mois plutôt une proposition de loi en ce sens :

Proposition de loi n°2771 du 29 novembre 2000 visant à placer sous l'autorité du maire une police territoriale regroupant les effectifs des unités à vocation territoriale de la police nationale et de la police municipale

http://www.assemblee-nationale.fr/11/propositions/pion277...

 

[3] Laurent Opsomer, « Brève histoire de la police » in Double Neuf, 17 juin 2011.

http://doubleneuf.nordblogs.com/archive/2011/06/17/breve-histoire-de-la-police.html

 

[4] Michel Tendil, « Loi du 5 mars 2007 : un verre à moitié vide ou à moitié plein ? » in Localtis.info, lundi 13 février 2012.

http://www.localtis.info/cs/ContentServer?pagename=Localtis/LOCActu/ArticleActualite&jid=1250263231359&cid=1250263228928

 

[5] Contrat local de sécurité

http://sig.ville.gouv.fr/page/40

 

[6] Jacky Durand, « Manuel Valls : "Le maire ne peut pas être un shérif" » in Libération, 26 novembre 2006.

http://www.liberation.fr/evenement/010167026-le-maire-ne-peut-pas-etre-un-sherif

 

[7] « Emilie Thérouin : "Associons les communes à la politiques de sécurité" » in Le Monde, 30 août 2012.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/08/30/associons-...

 

[8] Emilie Thérouin, « Stratégie territoriale et polices : quelle doctrine d’emploi pour les polices municipales ? », 27 juin 2012.

http://www.emilietherouin.fr/strategie-territoriale-et-polices-quelle-doctrine-demploi-pour-les-polices-municipales/

 

[9] SIPM-FPIP, « POLICE TERRITORIALE : il faut la mettre en place maintenant », mercredi 9 juin 2010.

http://www.euro-sipm.eu/article-police-territoriale-il-faut-la-mettre-en-place-maintenant-51924452.html

 

[10] Dans leur Rapport sur le rôle et le positionnement des polices municipales (décembre 2010), les inspecteurs généraux notaient que « Les repyramidages successifs des corps B et C de la police nationale ont engendré un vide au bas de la pyramide indiciaire, la dernière mesure dite de "l’équivalence catégorie B" pour le haut de la catégorie C des gradés et gardiens accentuant encore ce mouvement. L’élévation des niveaux de qualification et de rémunération dans la police tend ainsi, depuis quelques années, à créer un effet d’aspiration au bas de la pyramide en relançant à intervalles réguliers l’hypothèse de création d’un "quatrième corps" qu’il conviendrait de constituer au sein de la police pour les tâches d’exécution. La question s’était posée à plusieurs reprises dans le cadre de l’avenir professionnel des ADS [adjoints de sécurité] : faut-il créer un nouveau corps, de catégorie C, ouvert en priorité aux anciens ADS, qui aurait vocation à assurer les tâches d’exécution ? La RGPP et le contexte budgétaire ont tranché par la négative, mais la perspective d’un statut national des policiers municipaux, dérogatoire de la FPT et proche de celui de la police, tend à renouveler cette interrogation : et si la catégorie C des agents de police municipale quittait le giron de la FPT pour devenir le "quatrième corps" de la police nationale ? » (pages 40 et 41)

 

[11] SDPM, « La police municipale transformée en police territoriale ? » in Analyse sur la sécurité urbaine, 12 juin 2011.

http://pm-pt-medias.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/06/12/la-police-municipale-transformee-en-police-territoriale.html

 

[12] Tanguy Le Goff et Virginie Malochet, « Police territoriale, simple slogan ou véritable réforme ? » in Espaces Publics, note n°4, janvier 2012.

http://www.espacespublics.fr/PDF/doc/EP_NOTE_19_JAN_2011_...

 

[13] Question n°74009 de Mme Bérengère Poletti, députée UMP des Ardennes, 20 septembre 2005.

http://questions.assemblee-nationale.fr/q12/12-74009QE.htm

 

[14] Question n°98534 de Mme Bérengère Poletti, députée UMP des Ardennes, 25 janvier 2011.

http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-98534QE.htm

 

[15] Proposition de loi n°856 du 7 mai 2008 portant organisation et modernisation de la police territoriale.

http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion0856.asp

 

[16] Claude Leteurtre, « Polices territoriales : soyons concrets », samedi 18 avril 2009.

http://www.claudeleteurtre.net/index.php?/archives/257-Polices-territoriales-soyons-concrets.html

 

[17] Selon Claude Leteurtre, le premier et principal cadre d’emplois regrouperait les agents de police municipale et gardes champêtres, désormais dénommés agents de police territoriale (APT). La formation de ces derniers s’alignerait sur celle des agents de police municipale, soit six mois de formation initiale (contre trois pour les gardes champêtres et douze pour les gardiens de la paix), plus l’obligation d’une formation continue tout au long de leur carrière. À l’échelon supérieur, les cadres d’emplois d’encadrement et de direction bénéficient d’une nouvelle dénomination, plus « musclée ». La nouveauté vient du dernier cadre d’emplois : les agents de surveillance de la voie publique (ASVP) deviendraient agents de surveillance de police territoriale (ASPT) et seraient recrutés sans condition de diplôme sur la base de contrat d’une durée de 5 ans maximum avec possibilité de passer le concours d'APT après une validation des acquis. Le député du Calvados s’inspire visiblement du dispositif des adjoints de sécurité (ADS) au sein de la police nationale. Il vise donc les agents contractuels (selon la Cour des comptes, 20 % d’entre des ASVP sont recrutés sur des contrats à durée déterminée). Toutefois, quid des ASVP titulaires mais appartenant aux cadres d’emplois techniques ou administratifs ? Enfin, comme les ASPT relèvent eux-aussi de la catégorie C, n’y a-t-il pas un risque de concurrence vis-à-vis des APT puisque moins chers et vite disponibles en l’absence de formation préalable ?

 

[18] Cédric Renaud, « Groupe de travail sur la création d’une police territoriale », absence de date.

http://www.cedricrenaud.fr.gd/Groupe-de-travail--g-Police-Territoriale-g-.htm

 

[19] Les propos de Claude Leteutre sont très proches de ceux exposés par notre officier de gendarmerie sur son blog :

 

Cédric Renaud, « Police municipale, garde champêtre, ASVP : vive les polices territoriales ! » in Onpm info n°9 de janvier/février 2009, pages 12 et 13.

http://www.cedricrenaud.fr.gd/Vive-les-polices-territoriales-ar-.htm

 

Cédric Renaud, « La nécessaire création d’une coordination au niveau national des polices territoriales : le délégué interministériel ! » in Onpm.info n°8 de juillet-août 2008, pages 10 à 12.

http://www.cedricrenaud.fr.gd/Cr-e2-ation-d-h-une-coordination-nationale.htm

 

[20] Hervé Jouanneau, « Steve Richard : "Mobilisons-nous pour la police territoriale" » in La Gazette des communes, 25 octobre 2011.

http://www.lagazettedescommunes.com/80657/police-municipale-quelle-place-dans-la-chaine-de-securite/

 

[21] Yann-Cédric Quéro et Alain Tortay, « La police territoriale, Ambroggiani et la DPS… » in Onpm info n°11 de février/mars 2010, pages 6 à 16.

 

[22] Cédric Renaud, « Police municipale, garde champêtre, ASVP : vive les polices territoriales ! » in Onpm info n°9 de janvier/février 2009, pages 12 et 13.

http://www.cedricrenaud.fr.gd/Vive-les-polices-territoriales-ar-.htm

 

[23] Hervé Jouanneau, « police municipale : le CSFPT préconise une réforme » in La Gazette des communes, 7 septembre 2012.

http://www.lagazettedescommunes.com/128084/police-municipale-le-csfpt-preconise-une-reforme-2/