12/06/2011

INTERDIT AUX NOMADES

Un coup de Roms !

 

« Nous avons vu trois wagons à bestiaux qui attendaient sur la voie. Les policiers français nous ont fait monter à bord. Ils ont fermé les portes. Après un long moment, le convoi s’est ébranlé. Nous ne savions rien de sa destination ? Nous avions seulement conscience que ce qui nous attendait était pire que ce que nous avions déjà subi. » En ce début de l’an 41, ce que la famille Gurême, française depuis cinq générations, paisible propriétaire d’un cinéma ambulant et d’un cirque, avait déjà « subi », c’était le camp de Darnétal.

Une ordonnance allemande d’octobre 40 avait décrété l’internement des Tsiganes dans des camps placés sous la responsabilité de la police française. Quels que soient leur origine et leur statut social, toutes les familles logées dans des caravanes ont alors été méthodiquement raflées. Mais ce n’était qu’un début. Entassés à 70 par wagon, après une interminable journée de voyage, les Gurême ont atterri sur l’autodrome de Linas-Montlhéry. Ce « camp d’internement de nomades » était l’un des trente et un mis en place entre 40 et 46 sur le territoire national pour y interner les 6 500 Tsiganes, romanichels, forains, clochards, tous estampillés « asociaux ».

Sous une pluie de crosses et de matraques, avec pour comité d’accueil une cinquantaine de flics et de pandores mais « pas un Allemand en vue », souligne au passage un des fils de la famille, Joseph, le narrateur, « héros » de cette glorieuse page d’Histoire de France, il leur faudra encore patienter jusqu’au lendemain matin pour un bout de pain dur arrosé d’orge grillée.

Dans les baraques, sur des lits superposés en bois, il n’y a que de la paille. « Et pas de couvertures, pas de table, pas de chaises, pas de système de chauffage non plus. » Le froid et la faim : le directeur du camp, patron du restaurant du coin qui sera décoré de la Légion d’honneur à la fin de la guerre, fait sur leur dos un trafic de tickets d’alimentation.

A l’époque, Raymond a 16 ans. Ce régime lui fait perdre 21 kilos en un an. Dans la soupe, « asticots et chenilles remontaient à la surface, se souvient-il. Au départ, nous les enlevions, mais après nous avions tellement faim que nous les mangions. Cela faisait de la viande. » Le gamin va tenter plusieurs évasions. Repris, il tâte de l’orphelinat, où une bonne sœur refuse de le nourrir : « Je ne vais pas priver "mes enfants" de nourriture alors que vous n’êtes pas en règle. »*

Raymond tire sa révérence, aide la Résistance, ce qui le conduit à la prison d’Angers puis à celle de Troyes, avant le travail forcé en Allemagne. Dans le camp disciplinaire de Heddernheim, à côté de Francfort, entre deux passages à tabac, le matricule 3619 verra des copains pendus pour avoir volé une boule de pain, et il sera laissé pour mort après les caresses d’un SS.

Nouvelle évasion. Retour dans la Résistance, et neuf longues années avant de retrouver la famille. Commencent les petits boulots, maraîcher, rempailleur. Malgré les tracasseries administratives, les contrôles de flics à répétition, quinze enfants et petits-enfants plus tard, la tribu survit. Mais « nous ne sommes jamais parvenus à remonter la pente, et cette déchéance sociale n’a été que l’un des nombreux traumatismes de l’internement qui a laissé des traces sur plusieurs générations (…). Notre citoyenneté reste soumise à des conditions qu’aucun autre Français n’a à subir ».

En 2009, soixante-dix ans après les faits, l’Etat français a généreusement attribué à Raymond une « carte d’interné politique ». Mais la préfecture a refusé récemment qu’une stèle soit installée à l’entrée du camp de Linas-Montlhéry.

Transmis au préfet Guéant, actuel sinistre de l’Intérieur…

Brigitte Rossigneux

 

Source : Le Canard enchaîné n°4727 du 1er juin 2011, rubrique « Docs en stock », page 6.  

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* Enfants de deuxième catégorie

Samir, un jeune Kosovar de 8 ans, habite depuis l’été dernier dans l’ancienne maison de retraite de la gendarmerie à Saint-Gratien (95). Ce bâtiment est occupé par des familles originaires du Kosovo ou de la Tchétchénie qui ont obtenu le statut de réfugié politique et ont été logées là par le ministère de l’Intérieur. En tout, 70 personnes, dont 29 enfants.

Visiblement, l’arrivée de ces familles n’a pas été du goût de la maire, Jacqueline Eustache-Brinio, également conseillère régionale UMP. Dans un premier temps, elle a refusé de les accueillir. Grâce à l’opposition communiste et à la fédération des parents d’élèves, et à la demande de l’inspection d’académie, Samir et ses 28 camarades ont pu être répartis dans les différentes écoles de la ville.

Mme le Maire ne s’est pas tenue pour battue. Elle refuse à ces enfants l’accès à la cantine, à l’étude et au centre de loisirs. Du coup, les mères ne peuvent pas poursuivre leur stage d’intégration, car elles sont obligées de venir chercher leurs gamins à la pause déjeuner. Quant aux enfants dont les parents sont sans ressources, le repas à la cantine représentait leur seule chance de manger correctement.

La chef de com’ de la mairie reste droite dans ses bottes : « La position de la municipalité est de ne pas ouvrir les services périscolaires à ces populations de passage. » Sympa !

L’institutrice de Samir a écrit à la mairie qu’elle ne supportait pas de « voir un enfant si jeune dépérir de jour en jour sans agir ». Et de joindre à son envoi un chèque de 137,46 euros correspondant aux frais de cantine. Proposition rejetée par la mairie. Sans états d’âme. Pas même « de passage ».

Jean-Yves Viollier

 

Source : Le Canard enchaîné n°4728 du 8 juin 2011, page 4.

11/06/2011

L’ENNEMI INTÉRIEUR

« L’ennemi intérieur » in Regarde à vue, 9 mars 2009.

http://regardeavue.com/l-ennemi-interieur/

« Un entretien de 40 mn avec Mathieu Rigouste qui vient de publier son livre : l’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine. »

 

JBB, « Mathieu Rigouste : "Il existe des lieux et des moments où les bêtes traquées se croisent, s’arrêtent et se tournent vers le chasseur" » in Article XI, 10 octobre 2009.

http://www.article11.info/spip/Mathieu-Rigouste-Il-existe-des

 

Serge Uleski, « L'ennemi intérieur - Mathieu Rigouste et la sociologie », 11 septembre 2010.

http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/07/27/l-ennemi-interieur-mathieu-rigouste-et-la-sociologie21.html

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-ennemi-interieur-mathieu-79006 

Mathieu Rigouste,

09/06/2011

POUR EN FINIR AVEC LES DEALERS

Cyril Durand, « Stéphane Gatignon: "Il faut apprendre à consommer les drogues" » in Libération, 17 avril 2011

http://www.liberation.fr/societe/01012332221-stephane-gatignon-il-faut-apprendre-a-consommer-les-drogues

 

David Doucet,« Légaliser le shit ? Les dealers s'inquiètent pour leur "marché" » in Rue89, 18 avril 2011

http://www.rue89.com/2011/04/18/legaliser-le-shit-les-dealers-sinquietent-pour-leur-marche-200414

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