09/03/2021

LA COVID A UN AN

La Covid a fêté son premier anniversaire le mois dernier. C’est, en effet, en février 2020 qu’ont été recensés le premier cluster en France, aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie), et le premier Français mort du coronavirus, à Crépy-en-Valois (Oise). Cet anniversaire est l’occasion d’un premier bilan concret, qui révèle trois indéniables réalités.

Premier constat : le vieillissement de la population. D’après le dernier bilan démographique de l’INSEE, publié en janvier 2021, un Français sur cinq a 65 ans ou plus, un quart de la population plus de 60 ans, le tout sur fond de baisse continue des naissances depuis six ans. (1) Or, les personnes âgées sont les principales victimes de l’épidémie de coronavirus.

Seconde vérité : la dépendance sanitaire. La disparition de la souveraineté sanitaire a été mise en évidence par les pénuries de masques, tests, vaccins, etc. Délocalisation oblige, tout est désormais importé de l’étranger. En 2020, par exemple, notre pays a déboursé pas moins de 5,9 milliards d’euros pour acheter à la Chine les masques qui nous manquaient. (2) La France est aussi le seul des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU à ne pas avoir son propre vaccin anti-covid, preuve d’une industrie moribonde.

Troisième évidence : l’impéritie politique depuis 20 ans, responsable de la déliquescence du système hospitalier français. Conséquence de cette gestion libérale, la France ne dispose que de 5.080 lits de réanimation pour une population de plus de 67 millions. (3) Aucun progrès n’a été réalisé en un an dans ce domaine. A titre de comparaison, notre pays compte 7 lits de réanimation pour 100.000 habitants, contre 10 en Angleterre ou en Espagne et 24 en Allemagne… (4) Or, c’est à l’aune de cette jauge de 5.080  lits que découlent toutes les restrictions de libertés, notamment celle de circuler avec le couvre-feu et le confinement, sans oublier les fameuses attestations de déplacement, nos « ausweis » nationaux sous peine de contravention et de prison.

 

(1) Bilan démographique 2020, Insee Première n°1834 du 19 janvier 2021.

https://www.insee.fr/fr/statistiques/5012724

 

(2) « Les masques font leur trou » in Le Canard enchaîné n°5231 du 10 février 2021.

 

(3) « Ils ont tué l’hôpital ! », 14 octobre 2020.

https://blogs.mediapart.fr/laurent-opsomer/blog/141020/il...

 

(4) « Castex et Véran n’en ont "réa" à cirer » in Le Canard enchaîné n°5232 du 17 février 2021.

22/05/2019

LES DEUX FACES D’UNE MÊME PIÈCE

« L’extrême-droite, c’est quand même la droite », affirmait Alain Delon en 1987 sur le plateau d’Antenne 2 (aujourd’hui France 2). Ses paroles sont toujours d’actualité. Les sondages nous présentent, en effet, les élections européennes comme un duel entre le parti présidentiel, La République en Marche (LREM, liste Renaissance), et le Rassemblement national (RN, ex-FN), bref entre la droite et l’extrême-droite, les deux faces de cette Europe néo-libérale qui met les peuples en concurrence. D’ailleurs, aucun des dirigeants populistes au pouvoir (Salvini, Orbán…), aucun des partis illibéraux (PiS, Fidesz, FPÖ…) n’a remis en cause le dogme capitaliste, source de tous les maux.

22/03/2019

LE PREMIER SANG…

Le gouvernement a annoncé que les militaires de Sentinelle seront mobilisés pour l’acte XIX des "gilets jaunes", officiellement pour protéger des lieux sensibles. (1) C’est la première fois depuis la grande grève des mineurs en 1948 que l’armée est mobilisée dans le cadre du maintien de l’ordre en France métropolitaine. (2) Sous couvert de fermeté, le pouvoir exécutif dévoie sciemment la mission originelle de l’opération Sentinelle (le terrorisme) et désigne délibérément les "gilets jaunes" comme l’ennemi intérieur. (3) Les militaires (dont beaucoup de réservistes) vont remplacer les policiers et gendarmes habituellement chargés de la protection desdits bâtiments. Or, pas plus que les soldats, ces derniers ne sont pas des spécialistes du maintien de l’ordre, à la différence des CRS et des gendarmes mobiles. Le remède s’avère donc pire que le mal (le manque d’effectifs policiers). Les policiers n’en ont pas conscience, et leurs syndicats encore moins (4), mais ce recours à l’armée est un désaveu du pouvoir politique, pour ne pas dire un acte de défiance à leur égard car il symbolise leur échec face aux désordres. Cela dit, des questions demeurent : que se passera-t-il si des manifestants s’en prennent aux militaires ? S’ils sont acculés, les soldats ouvriront-ils le feu pour défendre leurs positions conformément à l’article L1321-3 du code de la Défense ? Des Français vont-ils tirer sur des Français ? Voilà qui ressusciterait de sinistres souvenirs de l’histoire nationale (Fourmies le 1er mai 1891, Alger le 26 mars 1962…). Enfin, nos gouvernants ont négligé un détail, celui que des soldats fraternisent avec les "gilets jaunes". (5)

 

(1) Ces lieux classés sensibles sont-ils considérés comme des zones de défense sensible (article L4123-12 du code de la Défense) ou des installations militaires (article L2338-3 du code précité) ou ont-ils un autre statut ? Les règles d’usage des armes des militaires, donc de légitime défense, varient, en effet, selon les lieux.

 

(2) « Quand des militaires français ont-ils participé pour la dernière fois au maintien de l'ordre dans le pays ? » in Checknews, 20 mars 2019.

https://www.liberation.fr/checknews/2019/03/20/quand-des-militaires-francais-ont-ils-participe-pour-la-derniere-fois-au-maintien-de-l-ordre-dans-le_1716364

 

(3) « Les Gilets jaunes seront considérés comme des "émeutiers" samedi 23, prévient Nuñez » in France-Soir, 20 mars 2019.

http://www.francesoir.fr/politique-france/les-gilets-jaunes-seront-consideres-comme-des-emeutiers-samedi-23-previent-nunez

 

(4) Ismaël Halissat, « Gilets jaunes. Des syndicats policiers réclament le soutien de l’armée » in Libération, 4 décembre 2018.

https://www.liberation.fr/france/2018/12/04/des-syndicats-policiers-reclament-le-soutien-de-l-armee_1695992

 

(5) Comme en 1907, lors du soulèvement viticole dans le Languedoc, quand les soldats du 17e régiment d’infanterie, originaires du Midi, refusèrent les ordres.

 

Alain Raynal, « Béziers. Les soldats du 17e, crosses en l’air » in L’Humanité, 14 août 2013.

https://www.humanite.fr/social-eco/beziers-les-soldats-du-17e-crosses-en-l-air-547254

 

Michèle Pedinielli, « 1907 : la mutinerie du 17e régiment » in Retronews, 12 avril 2018.

https://www.retronews.fr/politique/echo-de-presse/2018/04/12/1907-la-mutinerie-du-17e-regiment